Versos French Emile Verhaeren Les Amoureux

French poem

Les Amoureux

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L’été, lorsque les longs dimanches Tintaient dans les clochers nombreux, Tu écoutais tes amoureux, La belle fille aux fortes hanches.

Et le premier chantait : « Ah, si ton cœur était La plus frémissante des feuilles Qu’avec joie et danger l’on cueille

À la cime de la forêt, Dès le matin, dès l’aube blanche, D’arbre en arbre, de branche en branche Je monterais. »

Et le second chantait : « Ah ! si ton cœur était Le caillou d’or et de lumière Qui brille au fond de la rivière, Dussent m’entortiller les rêts Que mille herbes y entrecroisent, Jusques au fond de l’eau sournoise Je plongerais. »

Un autre encor chantait : « Ah ! si ton cœur était Le fruit que sa splendeur exile Là-bas, en mer, au fond d’une île,

Parmi les vénéneux marais, Avec ma ferveur vagabonde, Vers les confins mêmes du monde, Je partirais. »

Et tes lèvres riaient d’un beau rire charnu, Mais ne répondaient guère, Et sans rien dire, au bout de ton pied nu, Dans la lumière, Tu balançais ton sabot clair.