French poem
Les Amoureux
L’été, lorsque les longs dimanches Tintaient dans les clochers nombreux, Tu écoutais tes amoureux, La belle fille aux fortes hanches.
Et le premier chantait : « Ah, si ton cœur était La plus frémissante des feuilles Qu’avec joie et danger l’on cueille
À la cime de la forêt, Dès le matin, dès l’aube blanche, D’arbre en arbre, de branche en branche Je monterais. »
Et le second chantait : « Ah ! si ton cœur était Le caillou d’or et de lumière Qui brille au fond de la rivière, Dussent m’entortiller les rêts Que mille herbes y entrecroisent, Jusques au fond de l’eau sournoise Je plongerais. »
Un autre encor chantait : « Ah ! si ton cœur était Le fruit que sa splendeur exile Là-bas, en mer, au fond d’une île,
Parmi les vénéneux marais, Avec ma ferveur vagabonde, Vers les confins mêmes du monde, Je partirais. »
Et tes lèvres riaient d’un beau rire charnu, Mais ne répondaient guère, Et sans rien dire, au bout de ton pied nu, Dans la lumière, Tu balançais ton sabot clair.