Versos French Emile Verhaeren Ma chambre

French poem

Ma chambre

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Ma chambre est close au vent du Nord, Elle est close et solitaire, Depuis la guerre ; Pourtant Voici le vent Qui vient et passe et qui s’arrête et passe encor Avec le défilé des mourants et des morts À travers les combats qui font trembler la terre.

Oh, la lutte innombrable et le destin géant ! Là-bas au loin, sur l’Océan Face à face, les vaisseaux sautent : Les Zeppelins armés traversent la mer haute ; Kirkholm, Kreusberg, Mitau, Dwinsk, Jacobstat, Vilna, Cités que la bataille énorme illumina Et qui toutes, m’étiez, hier encor, inconnues ! Ô guerre dans le sol ! Ô guerre dans les nues ! La fureur s’y condense et l’horreur s’y accroît Et des plaines aux monts, et des fleuves aux bois Tout est sombre et terrible et sanglant à la fois.

Depuis la guerre Ma chambre est close et solitaire. Dites, où sont-ils donc mes amis de naguère ?

Voici le coin où l’autre mois, Pensifs et clairs, nous parlâmes à lente voix De nos belles idées Une à une par la science élucidées ; Voici le coin de table où s’appuyait la main De celui qui, sans jactance ni hyperbole, Prêchait avec son âpre et vaillante parole L’espoir humain ;

Voici le siège où s’asseyait Celui qui tous les soirs venait à mon chevet Me consoler, lorsque ma tête Et mon sang et mes nerfs n’étaient qu’affre et tempête.

Hélas ! hélas ! où sont-ils donc ? En quel délaissement et en quel abandon Sont-ils flottants au gré de l’immense misère ? Hélas ! hélas ! où sont-ils donc, Mes amis de naguère ?

Car moi, ce soir, je n’ai pour compagnon Que mon foyer à qui je parle et dont la flamme, Prompte à vivre ou à mourir, Seule répond Au sombre ou lumineux désir Qui tour à tour s’allume ou s’éteint en mon âme.