French poem
Ma gerbe
Le jour que mon cerveau et mes yeux seront morts, Ma gloire Demeurera longtemps encor dans les mémoires Et mon vers clair et fort Précédera et rythmera longtemps encor Tel pas sonore et volontaire, Quand les peuples nouveaux marcheront sur la terre.
Je serai dans le corps, dans les mains, dans la voix De ceux qui, malgré l’homme, obstinément espèrent Et façonnent leur être ardent, quoique éphémère, À ne vivre que pour l’effort et pour l’exploit.
Mon cri dominera les plus longs cris d’alarme Et mes strophes de fougue et de témérité Jetteront de tels feux pendant l’éternité Qu’elles luiront pour tous comme des faisceaux d’armes.
Vous sentirez courir en vos veines mon sang, Vous les savants sereins, vous, les chercheurs fébriles, Qui deviendrez l’orgueil et la clarté des villes Et les hauts constructeurs d’un avenir puissant.
Mon cœur ira gaîment en ton cœur se répandre, Homme dont l’esprit calme aime son champ vermeil Loin de la guerre atroce et du sanglant soleil Et des clochers fendus et des hameaux en cendre.
Mes rimes vous diront les mots que vous cherchez, Amants qui sentirez votre double lumière Se répandre en vos yeux et mouiller vos paupières De tout l’amour qu’en vos deux cœurs vous rapprochez.
Et vous, les tâcherons perdus dans les dédales Du port qui retentit ou du chantier qui bout, Pour les siècles lointains je vous dressai debout Avec vos sombres bras forgeant les capitales.
Vous m’êtes tous tributaires devant le temps Qui seul est juge et maintiendra mon œuvre vaste, Où j’ai d’un poing vainqueur tordu tous vos contrastes Pour qu’en tonne l’orage en mes vers exaltants.