French poem
Le Page
by Émilienne d’Alençon (1870–1945)
Je vous vois au milieu des coussins, des étoffes, Dans un palais bizarre et lourd ; Vous maniez le luth et vous chantez des strophes Et votre toque est en velours.
De grands lévriers blancs, sur les tapis s’allongent Et vous mordent indolemment, Et vous les caressez, en suivant, de vos songes, Le cours incertain et charmant.
Je viens, derrière vous, page à la tête blonde, Et mon bras saisit votre cou, Pour mettre un long baiser, de mes lèvres profondes, Sur votre bouche, tout à coup.
Le soleil, à travers, les vitraux en ogive, Met les derniers rayons du soir Et ses feux, par moments, jettent des lueurs vives Sur votre pourpoint mauve et noir.
Alors, tout le luth que votre main effleure, Et la strophe que vous disiez S’envole au séjour bleu des poèmes qui meurent, Pendant que s’en vont les lévriers.
Et le soir, des vitraux, continue à descendre. L’air est embaumé de jasmin, La lumière devient de la couleur des cendres, Je distingue à peine vos mains.
Et nous restons, parmi les ombres des tentures Le baiser est plus long toujours. Je ne vois plus que l’or de votre chevelure, Sous votre toque de velours…
Lorsque vous viendrez, Sur mon divan noir, Reposer un soir Vos cheveux dorés Et que vous direz Vos jeunes espoirs
Pour être plus près De ce front lointain, Ainsi qu’un jasmin Dans une forêt, Je mettrai ma main Dans vos cheveux frais.
Qu’importent les maux Tendres ou profonds. De mon cœur nouveau, Tous les anciens maux, Alors s’en iront Dans vos cheveux blonds.
Un soir d’améthyste, Des vitraux viendra L’ombre qui résiste S’appesantira… Un secret luira Dans vos cheveux tristes.