French poem
Le Vase merveilleux
by Émilienne d’Alençon (1870–1945)
Je t'aime d'autant plus que je te sens plus frêle Plus hésitante et plus à la merci de tous Ô toi qu'un seul caprice en t'effleurant de l'aile Te transformant soudain, t'emporte on ne sait où !
Le souffle d’un parfum te bouleverse, Un seul regard suffit à troubler ton regard, Pour un seul souvenir ton long corps se renverse Et tu rêves sans cesse à de nouveaux départs.
Tu tends la main ouverte à toute main tendue. Partout autour de toi rôde la fausseté, Un geste d’amitié, une phrase entendue Et tu donnes ton cœur charmant, sans hésiter.
Je t’aime d’autant plus que tu crois davantage Que pour toi tout mensonge a son charme très doux, Que tu vois un peu de beauté sur tous visages, Un peu de vérité dans les mots les plus fous.
Je voudrais dans mes bras te serrer d’une étreinte Si forte, qu’à jamais elle te garderait Des flatteurs, des méchants, de l’espoir, de la crainte De tout ce qui te tente et qui te mentirait.
Ta faiblesse m’irrite et me rend violente Je suis comme un porteur d’un vase merveilleux Qui s’avance en tremblant d’une marche très lente Et qui sent sur ses mains se poser tous les yeux.
Mais parfois, élevant sur sa tête le vase Plein d’or et de soleil, splendide et délicat Tandis qu’autour de lui, la foule est en extase Il rêve de briser le vase en mille éclats.