Versos French Ernest Dupuy Lord Rochester

French poem

Lord Rochester

by (1849–1918)

Listen in the reader

Oui....

(A part.)

Quel regard!

CROMWELL.

Fort bien. Ce breuvage, est-ce pas, me doit faire du bien?

LORD ROCHESTER.

Oui, l'hypocras contient une vertu suprême Pour bien dormir, Mylord.

CROMWELL.

Alors, buvez vous-même!

Il prend le gobelet sur le plat et le lui présente brusquement.)

LORD ROCHESTER, épouvanté et reculant.

Milord....

(A part.)

Quel coup de foudre!....

CROMWELL, avec un sourire équivoque.

Eh bien! vous hésitez? Accoutumez-vous donc, jeune homme, à nos bontés. Vous n'êtes pas au bout encor.... Prenez, mon maître! Surmontez le respect, qui vous troubla peut-être, Buvez.--

Il force Rochester confondu à prendre le gobelet.

Saviez-vous pas que nous vous chérissions? Que retombent sur vous vos bénédictions!

LORD ROCHESTER, à part.

Je suis écrasé!

(Haut.)

Mais, Milord...

CROMWELL.

Buvez, vous dis-je!

LORD ROCHESTER, à part.

Il s'est depuis tantôt passé quelque prodige.

(Haut.)

Je vous jure...

CROMWELL.

Buvez; vous jurerez après.

LORD ROCHESTER, à part.

Et notre grand complot? et nos savants apprêts?

CROMWELL.

Buvez donc!

LORD ROCHESTER, à part.

Noll encor nous surpasse en malice.

CROMWELL.

Vous vous faites prier?

LORD ROCHESTER, à part.

Buvons donc ce calice!

Il boit.

CROMWELL, avec un rire sardonique.

Comment le trouvez-vous?

LORD ROCHESTER, remettant le gobelet sur la table.

Que Dieu sauve le Roi!

Il faudrait reporter aussi dans l'arsenal dramatique classique le songe, les tirades, les vers à effet, les inversions, les expressions surannées, les formules de style noble. A côté du vers cornélien et du vers imagé, du parler familier et de la touche pittoresque, Cromwell abonde en traits vieillis, en détails d'une élégance pompeuse, à rendre jaloux Parseval-Grandmaison.

Ce qui appartient à Hugo, c'est un charme piquant de couleur locale répandu sur tout le sujet.

LORD ORMOND, vivement.

Saint-George! à la douceur je ne suis pas enclin. Pour une goutte d'eau déborde un vase plein. --Milord! Le pire fat qui dans Paris s'étale, Le dernier dameret de la place Royale, Avec tous ses plumets sur son chapeau tombants, Son rabat de dentelle et ses noeuds de rubans, Sa perruque à tuyaux, ses bottes évasées, A l'esprit, moins que vous, plein de billevesées!

LORD ROCHESTER, furieux.

Milord! vous n'êtes point mon père!... A vos discours Vos cheveux gris pourraient porter un vain secours. Votre parole est jeune et nous fait de même âge. Vous me rendrez, pardieu, raison de cet outrage!

LORD ORMOND.

De grand coeur!--Votre épée au vent, beau damoiseau!

Ils tirent tous deux leurs épées.

D'honneur! je m'en soucie autant que d'un roseau!

Ils croisent leurs épées.

DAVENANT, se jetant entre eux.

Milords, y pensez-vous?--La paix! la paix sur l'heure!

LORD ROCHESTER, ferraillant.

L'ami! la paix est bonne, et la guerre est meilleure.

DAVENANT, s'efforçant de les séparer.

Si le crieur de nuit vous entendait?....

On frappe à la porte.

Je croi Qu'on frappe....

On frappe plus fort.

Au nom de Dieu, Milords!

Les combattants continuent. Voix (au dehors).

Au nom du Roi!

Les deux adversaires s'arrêtent et baissent leurs épées.

La pièce est une galerie de portraits, ou, si l'on veut, de mannequins d'atelier très richement et très exactement vêtus. On a cette impression, qui se retrouvera d'un bout à l'autre du théâtre de Hugo, que l'on visite une merveilleuse collection d'armes et de costumes sous les lambris d'un vieux palais. Les décors sont brossés, et il ne reste aux peintres qu'à glaner un détail ou deux, après tous ceux que le poète a moissonnés, pour reconstituer la salle des Banquets à White-hall, la chambre peinte, la grand'salle de Westminster. Dans ces cadres majestueux, toute une foule tient à l'aise, et, à l'exemple de Shakespeare, l'auteur de Cromwell introduit l'acteur aux mille têtes, le peuple; s'il n'a pas encore le pouvoir de le faire agir, il le fait parler, s'agiter d'une façon assez nouvelle.

SYNDERCOMB, bas à Garland.

Carr est le seul de nous qui soit homme.

VOIX DANS LA FOULE.

Hosannah! Gloire aux saints! Gloire au Christ! Gloire au Dieu du Sina! --Longs jours au Protecteur!

Syndercomb, exaspéré par les imprécations de Carr et les acclamations du peuple, tire son poignard et s'élance vers l'estrade.

SYNDERCOMB, agitant son poignard.

Mort au roi de Sodome!

LORD CARLISLE, aux hallebardiers.

Arrêtez l'assassin.

CROMWELL, écartant le garde du geste.

Faites place à cet homme.

(A Syndercomb.)

Que voulez-vous?

SYNDERCOMB.

Ta mort.

CROMWELL.

Allez en liberté, Allez en paix.

SYNDERCOMB.

Je suis le vengeur suscité. Si ton cortège impur ne me fermait la bouche....

CROMWELL, faisant signe aux soldats de le laisser libre.

Parlez.

SYNDERCOMB.

Ah! ce n'est point un discours qui te touche. Mais si l'on n'arrêtait mon bras....

CROMWELL.

Frappez.

SYNDERCOMB, faisant un pas et levant sa dague.

Meurs donc Tyran!

Le peuple se précipite sur lui et le désarme.

VOIX DANS LA FOULE.

Quoi! par le meurtre il répond au pardon! Périsse l'assassin! Meure le parricide!

Syndercomb est entraîné hors de la Salle.

CROMWELL, à Thurloë.

Voyez ce qu'ils en font?