French poem
La Dvchesse D’Estempes
C’est à ce coup que Fortune insensée A descouuert la meschante pensée Qui laschement m’a gardé iusque icy. Bien me doubtois qu’il en seroit ainsi, Quand prisonnier ie fus dès l’aultre foys, Il peult auoir quelcque dix huict moys, Car ie sçay bien que ceste faulce Lyce De sa nature est pleine de malice; Et si vng coup elle a conceu rancune Contre quelqu’vng, pas n’est contente d’vne Aduersité, ou de troys, ou de quattre, si l’Eternel ne luy vient à rabbatre Sa grand’ fureur et oultrageux courage. Voylà comment (Dame prudente et sage, Dame addonnée à doulceur et pitié) Ce villain monstre ardent d’inimytié, Et non content de mon premier meschef, M’a mys en trouble et peine de rechef. Le meschef est qu’en prison on m’a mys, Sans nul forfaict, sans rien auoir commis: Fors seulement que par presumption, Ou (pour myeulx dire) à l’instigation Des enuyeulx, contre moy on intente Que deux fardeaulx pleins de chose meschante (Quant à la foy) ay transmis à Paris. Et de cela les Presidents marris, Sans nulle preuue et sans aulcun indice, Ains seulement en rigueur de Iustice, Mandent tout chault en diligence bonne Que tout soubdain on happe ma personne, Pour me mener captif par deuers eulx. Mais le tout bon, le President des cieulx N’a pas voulu me laisser au besoing, Et en prenant de tout mon mal le soing, M’a faict la grace (ô bonté infinie) De sortir hors de la grand’villennie Qu’on me brassoit. Brief, captif ne suis plus. Puisqu’ainsi est, Dame, il reste au surplus Que, veu mon faict et ma grande innocence, Vous requeriez ce noble ROY de FRANCE (Si tant vous plaist pour moy vous trauailler) Que son plaisir soit de me rebailler En son royaulme vne telle seurté, Vng tel repos et telle liberté, Qu’ay tousiours eue, horsmys depuis qu’enuye Ma liberté a vng peu asseruie. Mais tout cela se peult bien reparer, Si vous voulez les moyens preparer, Et faire tant qu’ores on abolisse Tout mon ennuy, et qu’on me restablisse En mon entier, sans que plus on me fasche, Si ie ne viens à faire chose lasche: Ce que n’ay faict et feray encor moyns. Mais DIEV me gard de ces meschants tesmoings! Or apres tout, pour resolution, Ie vous supply, si oncq intention Vous auez heu de me faire aulcun bien, Qu’à ceste foys vous trouuiez le moyen Enuers le ROY que point il ne consente, Que de la FRANCE à tort ie m’abesente. Pour bien le faire, il vous plaira de lire Ce qu’ay voulu au ROY mesmes escrire; Car là voirrez le fonds de la matiere, Et de mon faict la narratiue entiere; Dont par apres ma lettre presentant, Vous luy pourrez mieulx aller racomptant Les griefs et torts que sans cause on me faict, Et qu’à present ie n’ay en rien mesfaict. ADIEV, ma Dame, humblement requerant Le Createur, hault et bas moderant Les faicts humains et le pourpris celeste, Que longuement en santé il vous preste Heureuse vie, et d’honneur tant ornée, Que ciel et terre en demeure estonnée.