Versos French Étienne Eggis Ce qu’on voit dans les yeux d’une maîtresse

French poem

Ce qu’on voit dans les yeux d’une maîtresse

by (1830–1867)

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Ô ma belle brune aux yeux bleus, Vagabonde enfant des Bohèmes, Laisse-moi lire dans tes yeux, De ton regard les longs poëmes.

Derrière le rideau des bois Le soleil va cacher son orbe ; Assoupis un moment ta voix Et les refrains de ton théorbe.

Et dans l’océan de tes yeux Laisse voguer ma fantaisie ; Sous les plis de leurs cils soyeux Mon œil se perd et s’extasie ;

Leur azur calme et souverain Reflète pour moi tout un monde, Assis, radieux et serein, Dans sa grandeur suave et monde ;

Des forêts que vient effeuiller L’âpre sirocco des savanes, Où passe le brun chamelier En conduisant les caravanes.

De longs fleuves dont les palmiers Ombragent les flots et les berges ; Des pelouses où les ramiers S’abritent sous les herbes vierges ;

Tout un Éden mystérieux Ivre de sa splendeur première, Où le firmament curieux Mire en souriant sa lumière ;

Voilà ce que dans tes grands yeux Je vois, lorsque ravi, je penche Sur l’ambre de ton front soyeux Mon œil d’où le rêve s’épanche.

Puis, au-dessus de ces splendeurs, Comme le soleil sur le monde Brille dans ses chastes candeurs Ton amour naïve et profonde.