Versos French Étienne Eggis Aspirations insensées

French poem

Aspirations insensées

by (1830–1867)

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Vagues immensités des sombres océans, Que laboure sans fin la houle impétueuse, Abîmes insondés, gouffres noirs et béants Qu’illumine d’éclairs la foudre tortueuse ;

Ô forêts, qui penchez vos sapins éperdus Sur les torrents fangeux des vallons taciturnes, Montagnes de granit dont les rocs confondus Se heurtent au choc sourd des rafales nocturnes.

Vastitudes des cieux sans limite et sans fin, Où les mondes toujours recèlent d’autres mondes, Où chaque étoile d’or cache un blond séraphin ; Éthers immaculés, bordés d’horizons mondes,

Où penché sur son trône où s’arrête la nuit, Un bras sur le soleil et l’autre sur la lune, Dieu pleure incessamment son éternel ennui Avec un bruit pareil à la mer sur la dune ;

Douloureuses rumeurs des humaines cités, Où le blasphème sourd s’accouple au rire impie, Où les cris de l’orgie à tous les vents jetés Hurlent près de la faim sur la borne accroupie ;

Bruits des mers, bruits des cieux, clameurs des ouragans, Murmures souterrains des méditerranées, Avalanches des alps aux bonds extravagants, Universelles voix ici-bas déchaînées ;

Quelle douleur immense éplore vos accents ? Qui jeta dans vos seins cette plainte infinie ? Pleurez-vous l’homme mort ou les mondes naissants, Ou la croyance en Dieu de la terre bannie ?

Pourquoi tous vos accords sanglotent-ils toujours ? Vos lamentations sont-elles le suaire Où l’espoir et la foi tombent avec les jours Pour combler du néant l’immobile ossuaire ? II Il est de ces moments Où je voudrais étreindre,

Où je voudrais atteindre De mes embrassements Tous les êtres qui pleurent Et dont le cœur meurtri N’a plus même de cri Pour bénir ceux qui meurent.

Je voudrais sur mon sein Presser l’onde, la terre, La femme solitaire, Et l’enfant orphelin ; Les âmes torturées Qui s’en vont vers l’amour, Puis, à la fin du jour, Reviennent, déchirées ;

Tout ce qui sous les cieux En soi porte un ulcère Qu’incessamment lacère Quelque deuil anxieux,

Tout cœur qui se retire Pour pleurer en secret Et dont nul ne connaît L’invisible martyre. III Mais le monde est immense, et bien avant le soir, Sous mon propre deuil je succombe ; — Mais je puis dire à tous : — Mes frères, au revoir, Au grand rendez-vous de la tombe.