Versos French Eugène Lemercier L’Amende de monsieur l’abbé

French poem

L’Amende de monsieur l’abbé

by (1862–1939)

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Un bon curé de la Corrèze Vivait, content de son destin, Quand l’évêque du diocèse Vint le surprendre un beau matin.

Le prélat fit bonne figure Et lui dit : « Mon fils, aujourd’hui, « Je déjeune et dîne à la cure, « Et j’espère y passer la nuit ».

Sur le champ, Monseigneur l’évêque De visiter — c’était son droit — Le salon, la bibliothèque Et, même, le petit endroit.

Je peux, sans nulle impertinence Et sans paraître un peu léger, Vous dire que Son Eminence Préféra la salle à manger.

Des crus de nos célèbres vignes, Une dorade, un chapon fin, Eurent l’honneur des plus insignes D’apaiser sa soif et sa faim.

Monseigneur vanta la cuisine, Puis, geste en situation, Après une bénédictine, Donna sa bénédiction.

Puis il dit, avec bienveillance : « Pour être, ce soir, plus dispos Et, par crainte de défaillance, Je vais prendre un peu de repos.

Je ne veux déranger personne, Reposez de votre côté, Le lit de la chambre de bonne Suffit à mon humilité ».

— Las ! ma bonne n’a pas de chambre, Dit le curé, plein d’embarras, Et, de Janvier jusqu’à Décembre, Nous dormons dans les mêmes draps.

Le prélat, devenu garance, S’écria, fort sévèrement : « Que faites-vous, en l’occurrence, Du neuvième commandement ? ».

— Pour ne pas passer la nuit blanche, Dit le curé, baissant les yeux, J’ai fait installer une planche Qui partage mon lit en deux.

Mais, hélas ! la chair nous commande, Quand l’un de nous deux est tenté, Il paie, à l’autre, un franc d’amende, S’il passe de l’autre côté.

— Ça, c’est vrai, dit la bonne Estelle, Puis, en le lorgnant en dessous, À propos d’amende, fit-elle, Monsieur l’abbé me doit cent sous !