French poem
L’Enterré vivant
by Eugène Pottier (1816–1887)
L’air, plein de senteurs capiteuses, Grisait les couples amoureux. Je vis un homme, aux mains calleuses, Descendre, en un trou ténébreux. Le ciel resplendit ; juin donne Son suc d’allégresse et d’espoir, L’essaim fait son miel et bourdonne… L’homme est toujours dans son trou noir !
Comme on comprend bien la paresse ! Les lézards se disent : « Dormons ! » Cette brise est une caresse, Un velours bleu dans les poumons. — L’homme portait une lanterne ; — Mais voyez : les lapins, le loir, Font leur sabbat dans la luzerne… L’homme est toujours dans son trou noir ;
Un pareil jour, les forêts vertes Devraient se remplir d’écoliers ; On tient partout, grandes ouvertes, Les fenêtres des ateliers. Que fait-il, loin de la lumière ? C’est au soleil qu’il fait beau voir Les chantiers de la fourmilière… L’homme est toujours dans son trou noir !
Le grillon tourne sa crécelle, Puis tout s’apaise et s’embrunit. Le moineau, la tête sous l’aile, S’endort dans la chaleur du nid. N’a-t-il pas fini sa journée ? Voici les étoiles du soir. La voûte est toute illuminée… L’homme est toujours dans son trou noir !
Il sort enfin ! quels lieux funèbres Habite donc ce noir maudit ! On croirait qu’il sort de ténèbres Bien plus épaisses que la nuit. Ô mineur ! c’est le cimetière Où ton dur métier te fait choir. Cadavre en vie ou dans la bière, L’homme est toujours dans son trou noir !