Versos French Eugène Pottier La Grève

French poem

La Grève

by (1816–1887)

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Au secours ! vaincre est nécessaire. Les mineurs sonnent le tocsin, Saignons à blanc notre misère, On fait grève au bassin d’Anzin.

Faire triompher cette grève, Compagnons, c’est le grand devoir ! Partout où l’exploité se lève, À ses côtés il doit nous voir. Aux combattants il faut des vivres : Nous, leurs copains, nous, ventres creux, Sur chaque pain de quatre livres Tirons une miche pour eux !

Ces hommes arrachant la houille, Forçats dont le bagne fait peur, Sans eux, croyez-vous qu’elle bouille, La grande industrie à vapeur ? S’ils croisent, noirs sur leur poitrine, Leurs bras musculeux et poilus, Nous voyons stopper la machine, Le cœur du travail ne bat plus !

Les familles sont dans les larmes, Duel social bien avisé ; Ce tocsin de feu crie : Aux armes ! Tout le bassin est soulevé. Sous les attaques féodales, Le serf aura-t-il le dessous ? Compagnons, nous fondons des balles, Quand nous leur portons nos gros sous !

Des balles pour la haute pègre, Qui, n’ayant nul droit au sous-sol Ose traiter en race nègre Ceux-là qu’a dépouillés son vol ; Plomb pour la race massacrante Qui, sans vergogne du total, Tous les ans touche comme rente, Quinze ou vingt fois son capital.

Oh ! ces mangeurs de chair humaine, Leur avarice est un défi. Mais la Terre est donc leur domaine ? Ils n’ont qu’un Dieu, le dieu Profit ! L’homme fond dans leur main rapace : Tous les épuisés, les vieillards, Chassés, réduits à la besace, Leur ont sué des milliards !

Grands seigneurs de la banqueroute, Porteurs d’actions, hobereaux, Voleurs ! vous vous croyez sans doute Le droit de devenir bourreaux ? Malheur ! voir au siècle où nous sommes, Le capitaliste aigrefin Dresser ainsi, pour dix mille hommes, La guillotine de la faim !

Tant d’horreurs ne seront pas vaines ; La souffrance enfante toujours ! Nous sentons courir dans nos veines Le frisson brûlant des grands jours ; Aux faubourgs, la pâle famine Soulève un vivant ouragan ; Et du ventre noir de la mine Il sort des laves de volcan !

Au secours ! vaincre est nécessaire. Les mineurs sonnent le tocsin, Saignons à blanc nôtre misère, On fait grève au bassin d’Anzin !

Mars 1884.