French poem
La Grève des femmes
by Eugène Pottier (1816–1887)
Il surgit une autre Pucelle. Insurgeant la femme, elle dit : « Jusqu’à la paix universelle » Tenons l’amour en interdit.
» À bas la guerre ! en grève ! en grève ! » La femme doit briser le glaive. » Nargue à l’époux, nargue à l’amant ! » Jusqu’au désarmement : » Les femmes sont en grève !
» Cœurs dévoués, brunes ou blondes, » Que le sang versé révolta ; » Ô citoyennes des deux mondes, » Faisons notre grand coup d’État !
» Puisque la guerre inassouvie » Entasse morts et mutilés, » Nous, sur les portes de la vie, » Dès ce soir posons les scellés !
» Ce noble but, chastes coquettes, » Nous l’atteindrons les bras croisés ! » En rayant le droit de conquêtes, » En rayant le droit aux baisers !
» Monsieur, je suis votre servante, » Exercez-vous au chassepot ! » Le lit conjugal est en vente » Pour cause de refus d’impôt.
» Épouses, mères, que nous sommes, » Laissons ces héros maugréer. » Tous ceux qui massacrent les hommes » Ne sont pas dignes d’en créer.
» Quoi ! mettre au monde et, folle et fière, » Allaiter mes bébés joufflus, » Pour les jeter dans la carrière » Quand leurs aînés n’y seront plus ?
» S’il faut recruter vos milices, » Fécondez tigresse ou guenon : » Nous ne sommes plus vos complices » Pour fournir la chair à canon.
» Dieu de paix, bénis ce chômage, » Et, pour l’honneur des temps nouveaux, » Nous ferons l’homme à ton image… » À la reprise des travaux.
» À bas la guerre ! en grève ! en grève ! » La femme doit briser le glaive. » Nargue à l’époux, nargue à l’amant ! » Jusqu’au désarmement : » Les femmes sont en grève ! »
Paris, 1867.