French poem
Quand viendra-t-elle ?
by Eugène Pottier (1816–1887)
J’attends une belle, Une belle enfant, J’appelle, j’appelle, J’en parle au passant. Ah ! je l’attends, je l’attends ! L’attendrai-je encor longtemps ?
J’appelle, j’appelle, J’en parle au passant. Que suis-je sans elle ? Un agonisant. Ah ! je l’attends, je l’attends ! L’attendrai-je encor longtemps ?
Que suis-je sans elle ? Un agonisant. Je vais sans semelle, Sans rien sous la dent… Ah ! je l’attends, je l’attends ! L’attendrai-je encor longtemps ?
Je vais sans semelle, Sans rien sous la dent, Transi quand il gèle, Sans gîte souvent. Ah ! je l’attends, je l’attends ! L’attendrai-je encor longtemps ?
Transi quand il gèle, Sans gîte souvent, J’ai dans la cervelle Des mots et du vent… Ah ! je l’attends, je l’attends ! L’attendrai-je encor longtemps ?
J’ai dans la cervelle Des mots et du vent. Bétail, on m’attelle Esclave, on me vend. Ah ! je l’attends, je l’attends ! L’attendrai-je encor longtemps ?
Bétail, on m’attelle, Esclave, on me vend. La guerre est cruelle, L’usurier pressant. Ah ! je l’attends, je l’attends ! L’attendrai-je encor longtemps ?
La guerre est cruelle, L’usurier pressant. L’un suce ma moelle, L’autre boit mon sang. Ah ! je l’attends, je l’attends ! L’attendrai-je encor longtemps ?
L’un suce ma moelle, L’autre boit mon sang Ma misère est telle Que j’en suis méchant. Ah ! je l’attends, je l’attends ! L’attendrai-je encor longtemps ?
Ma misère est telle Que j’en suis méchant. Ah ! viens donc, la belle, Guérir ton amant ! Ah ! je l’attends, je l’attends ! L’attendrai-je encor longtemps ?
Paris, 1870.