French poem
Salut aux quinze mille voix
by Eugène Pottier (1816–1887)
Salut ! c’est le vote de classe, Le premier réveil des vaincus, La clé pour sortir de l’impasse, Le programme de Spartacus ; C’est la plèbe que tu fusilles, Féodalité de bourgeois, Qui vient pour raser tes bastilles. Salut ! aux quinze mille voix !
Le jeune parti qui s’affirme Va de l’avant et vote clair, Rejette le louche et l’infirme : C’est la pointe entrant dans la chair. Car il entend, classes oisives, Socialiser à la fois Toutes les forces productives. Salut ! aux quinze mille voix !
Fils de l’Internationale, Il dit aux bourgeois : C’est rompu ! Je ne mets pas ma main loyale Dans l’amalgame corrompu ; Car j’ai la devise suprême Que Varlin signait autrefois : « Travailleur, sauve-toi toi-même ! » Salut ! aux quinze mille voix !
Il veut, brutal dans sa droiture, Abolir le Salariat, Des dons gratuits de la nature Saisir le Prolétariat, Et résorbant la bourgeoisie, Dégager d’un monde aux abois Beaux-arts, Science et Poésie. Salut ! aux quinze mille voix !
Au nom d’un passé de martyre, Des vaillants, dont le siècle est veuf, Des purs que la justice attire : Flourens, Ferré, Blanqui, Babœuf, Au nom de leur mort rayonnante, Des foules suivant leurs convois, Et de la semaine sanglante : Salut ! aux quinze mille voix !