French poem
Ventre creux
by Eugène Pottier (1816–1887)
J’ai faim, disait Ventre creux Devenu sceptique, Je suis las des fruits véreux De la politique. Tiens ! je paie assez Les vieux pots cassés. Les partis Sont petits. Chacun a sa bande, J’aime mieux la viande !
Peuple, me dit en tout lieu Roi qui sollicite, On ne fait bon pot-au-feu Que dans ma marmite. ― Mais, grugeur d’impôt, De ta poule au pot Lorsque j’ai L’os rongé, C’est par contrebande, J’aime mieux la viande !
Un gras marguillier sans fiel, Monsieur Durosaire, Me dit : Tu gagnes le ciel. Bénis ta misère. ― Quoi ! pour mon salut Ce jeûne absolu, C’est très bien, Très chrétien ! Que Dieu vous le rende, J’aime mieux la viande !
Un meneur fort amical Me dit : Prolétaire, Prends un Bourgeois radical Pour ton mandataire. ― Tout Bourgeois, mon cher, Nourri de ma chair, Sur mon gain, Sur ma faim Touche un dividende, J’aime mieux la viande !
Pour qui ces torches là-bas ? Ces prêtres bizarres ? Quel est ce dieu ? ― le bœuf gras ! Sonnez les fanfares ! Animal divin, Terrassant la faim, Tu nourris Nos esprits. Que chacun m’entende ! J’aime mieux la viande !
1874.