Versos French Évariste de Parny A Éléonore

French poem

A Éléonore

by (1753–1814)

Listen in the reader

T'en souviens-tu, mon aimable maîtresse, De cette nuit où nos brûlans désirs Et de nos goûts la libertine adresse A chaque instant varioient nos plaisirs? De ces plaisirs le docile théâtre Favorisoit nos rapides élans; Mais tout-à-coup les suppôts chancelans Furent brisés dans ce combat folâtre, Et succombant à nos tendres ébats, Sur le parquet tombèrent en éclats. Des voluptés tu passas à la crainte; L'étonnement fit palpiter soudain Ton foible coeur pressé contre le mien; Tu murmurois, je riois de ta plainte; Je savois trop que le Dieu des Amans Sur nos plaisirs veilloit dans ces momens. Il vit tes pleurs; Morphée, à sa prière, Du vieil Argus que réveilloient nos jeux Ferma bientôt et l'oreille et les yeux, Et de son aîle enveloppa ta mère. L'aurore vint, plutôt qu'à l'ordinaire, De nos baisers interrompre le cours; Elle chassa les timides amours; Mais ton souris, peut-être involontaire, Leur accorda le rendez-vous du soir. Ah! si les dieux me laissoient le pouvoir De dispenser la nuit et la lumière, Du jour naissant la jeune avant-courière Viendroit bien tard annoncer le soleil; Et celui-ci, dans sa course légère, Ne feroit voir au haut de l'hémisphère Qu'une heure ou deux son visage vermeil. L'ombre des nuits dureroit davantage, Et les Amans auroient plus de loisir. De mes instans l'agréable partage Seroit toujours au profit des plaisirs. Dans un accord réglé par la sagesse, Au doux sommeil j'en donnerois un quart; Le Dieu du vin auroit semblable part; Et la moitié seroit pour ma maîtresse.