French poem
A l'Isle de Bourbon
by Évariste de Parny (1753–1814)
Aimer à treize ans, dites-vous, C'est trop tôt: eh, qu'importe l'âge? Avez-vous besoin d'être sage Pour goûter le plaisir des fous? Ne prenez pas pour une affaire Ce qui n'est qu'un amusement; Lorsque vient la saison de plaire, Le coeur n'est pas long-tems enfant.
Au bord d'une onde fugitive, Reine des buissons d'alentour, Une rose à demi-captive S'ouvroit aux rayons d'un beau jour. Égaré par un goût volage, Dans ces lieux passe le zéphir Il l'apperçoit, et du plaisir Lui propose l'apprentissage; Mais en vain: son air ingénu Ne touche point la fleur cruelle. De grâce, laissez-moi, dit-elle; A peine vous ai-je entrevu. Je ne fais encor que de naître; Revenez ce soir, et peut-être Serez-vous un peu mieux reçu. Zéphir s'envole à tire-d'aîles, Et va se consoler ailleurs; Ailleurs, car il en est des fleurs A-peu-près comme de nos Belles. Tandis qu'il fuit, s'élève un vent Un peu plus fort que d'ordinaire, Qui de la Rose, en se jouant, Détache une feuille légère; La feuille tombe, et du courant Elle suit la pente rapide; Une autre feuille en fait autant, Puis trois, puis quatre; en un moment, L'effort de l'aquilon perfide Eut moissonné tous ces appas Faits pour des Dieux plus délicats, Si la Rose eut été plus fine. Le zéphir revint, mais hélas! Il ne restoit plus que l'épine.