Versos French Félix Arvers À mon ami

French poem

À mon ami

by (1806–1850)

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Tu sais l’amour et son ivresse, Tu sais l’amour et ses combats ; Tu sais une voix qui t’adresse Ces mots d’ineffable tendresse Qui ne se disent que tout bas.

Sur un beau sein, ta bouche errante Enfin a pu se reposer, Et sur une lèvre mourante Sentir la douceur enivrante Que recèle un premier baiser :

Dans une alcôve solitaire, Au fond d’un amoureux séjour, Un ange t’enlève à la terre Dans ces doux transports de mystère Que la nuit doit cahier au jour.

Maître de ces biens qu’on envie, Ton cœur est pur, tes jours sont pleins ! Esclave à tes vœux asservie, La fortune embellit ta vie, Tu sais qu’on t’aime, et tu te plains !

Et tu te plains ! et t’exagères Ces vagues ennuis d’un moment, Ces chagrins, ces douleurs légères, Et ces peines si passagères Qu’on ne peut souffrir qu’en aimant !

Et tu pleures ! et tu regrettes Cet épanchement amoureux ! Pourquoi ces maux que tu t’apprêtes ? Garde ces plaintes indiscrètes Et ces pleurs pour les malheureux !

Pour moi, de qui l’âme flétrie N’a jamais reçu de serment, Comme un exilé sans patrie, Pour moi, qu’une voix attendrie N’a jamais nommé doucement.

Personne qui daigne m’entendre, À mon sort qui saigne s’unir, Et m’interroge d’un air tendre Pourquoi je me suis fait attendre Un jour tout entier sans venir.

Personne qui me recommande De ne rester que peu d’instans Hors du logis ; qui me gourmande Lorsque je rentre et me demande Où je suis allé si long-temps.

Jamais d’haleine caressante Qui, la nuit, vienne m’embaumer ; Personne dont la main pressante Cherche la mienne, et dont je sente Sur mon cou les bras se fermer !

Une fois, pourtant — Quatre années Auraient-elles donc effacé Ce que ces heures fortunées D’illusions environnées Au fond de mon âme ont laissé ?

Oh ! c’est qu’elle était si jolie ! Soit qu’elle ouvrît ses yeux si grands, Soit que sa paupière affaiblie Comme un voile qui se déplie Éteignît ses regards mourans !

— J’osai concevoir l’espérance Que les destins moins ennemis, Prenant pitié de ma souffrance, Viendraient me donner l’assurance D’un bonheur qu’ils auraient permis :

L’heure que j’avais attendue, Le bonheur que j’avais rêvé A fui de mon âme éperdue Comme une note suspendue, Comme un sourire inachevé !

Elle ne s’est point souvenue Du monde qui ne la vit pas ; Rien n’a signalé sa venue. Elle est passée, humble, inconnue, Sans laisser trace de ses pas.

Depuis lors, triste et monotone, Chaque jour commence et finit : Rien ne m’émeut, rien ne m’étonne, Comme un dernier rayon d’automne J’aperçois mon front qui jaunit.

Et loin de tous, quand le mystère De l’avenir s’est refermé, Je fuis, exilé volontaire. — Il n’est qu’un bonheur sur la terre, Celui d’aimer et d’être aimé.