French poem
La Fauvette et le Rossignol
by Florian
Une fauvette, dont la voix Enchantait les échos par sa douceur extrême, Espéra surpasser le rossignol lui-même, Et lui fit un défi. L'on choisit dans le bois Un lieu propre au combat: les juges se placèrent; C'étaient le linot, le serin, Le rouge-gorge et le tarin. Tous les autres oiseaux derrière eux se perchèrent. Deux vieux chardonnerets et deux jeunes pinsons Furent gardes du camp; le merle était trompette, Il donne le signal. Aussitôt la fauvette Fait entendre les plus doux sons; Avec adresse elle varie De ses accens filés la touchante harmonie, Et ravit tous les coeurs par ses tendres chansons. L'assemblée applaudit. Bientôt on fait silence; Alors le rossignol commence: Trois accords purs, égaux, brillans, Que termine une juste et parfaite cadence, Sont le prélude de ses chants; Ensuite son gosier flexible, Parcourant sans effort tous les tons de sa voix, Tantôt vif et pressé, tantôt lent et sensible, Étonne et ravit à la fois. Les juges cependant demeuraient en balance. Le linot, le serin, de la fauvette amis, Ne voulaient point donner de prix: Les autres disputaient. L'assemblée en silence Écoutait leurs doctes avis, Lorsqu'un geai s'écria: Victoire à la fauvette! Ce mot décida sa défaite: Pour le rossignol aussitôt L'aréopage ailé tout d'une voix s'explique.
Ainsi le suffrage d'un sot Fait plus de mal que sa critique.