French poem
Barbe-Bleue
by Franc-Nohain (1872–1934)
(2e version)
--Belle-maman, belle-maman, Voici, sur ce plateau d’argent, Voici les clefs de tout l’appartement;
Ici nous mettons les mouchoirs, Ici nous mettons les chaussures: Un petit coup d’œil, ça rassure, Oui, belle-maman, il faut voir!
Ce sont des factures du Louvre, Et puis d’autres du Bon Marché: Certainement, ce tiroir s’ouvre, Belle-maman, rien de caché!
C’est ça, comptons l’argenterie! Mais, comment donc! une manie? Puisque c’est moi qui vous en prie!
Belle-maman, belle-maman, Voici les clefs de tout l’appartement.
Chapeaux, sortez de vos cartons, Étalez vos plis, pantalons, Hors donc, flanelles, caleçons: C’est moi, mais c’est moi, comment donc! Qui dois vous demander pardon!
Si la paillasse est faite avec, Normale curiosité, Avec du crin ou du varech? Belle-maman, il faut tâter.
Mais, où diable avais-je la tête? Pour que la fête soit complète, N’ai-je montré les ustensiles de toilette?
Belle-maman, belle-maman, Voici les clefs de tout l’appartement.
Mais, je vois, une clef vous brûle, Une petite clef, je vois, Vous brûle le bout de vos doigts:
Belle-maman, pas de scrupule: C’est la clef de ce grand placard, Vous plaît-il jeter un regard?
Hésiter à vous satisfaire!... Mais faites donc comme chez vous:
Il y a là six belles-mères Que j’ai étranglées avant vous.