Versos French Franc-Nohain Coquilles Saint-Jacques

French poem

Coquilles Saint-Jacques

by (1872–1934)

Listen in the reader

Les coquilles Saint-Jacques ont vainement cherché A s’informer auprès des domestiques Si on allait les servir chez Des personnes suffisamment aristocratiques;

Quand, au manteau des pèlerins, Vos aïeux eurent ce destin De vaincre en pays palestin Pour la gloire du Saint-Sépulcre, Saurait-on, sans amer chagrin, Penser figurer au festin D’un manant, d’un bourgeois enrichi par le lucre, De tout autre que prince ou duc?

Donc, dès leur entrée dans la salle, Elles jettent, sans en avoir l’air, Un petit regard circulaire: --Pas mal! pas mal!-- Certe, à défaut du féodal, Ce style Henri II n’est pas pour leur déplaire; Des sièges en cuir de Cordoue Sont, à leurs regards, les plus doux; L’amphitryon n’est pas un de ces fous Qui se meublent de laqué vert: Aux croisés de Jérusalem On épargne du moins cette angoisse suprême: Une salle à manger qui viendrait d’Angleterre.

De la présence des coquilles, Les châtelains sont avertis; Mais, voyons, à quoi songent-ils? (On était plus exact, dans les vieilles familles;) Il est déjà passé midi: Et les coquilles, pour patienter durant le retard,-- Car Il est au moins midi et quart,-- Et tromper une attente qui les refroidit, Fredonnent des chœurs de la Jérusalem de Verdi, Et la romance de Richard...

Bon, voici nos gens qui arrivent, Ils s’installent; mais quels convives, Sang du Calvaire! ah! vos aïeux! Coquilles des pèlerins pieux, Votre indignation est vive!

Vraiment ce n’est pas sans sujet Que vous mettez à vous laisser manger Tant de mauvaise volonté:

Aucun n’a prononcé le bénédicité!