French poem
Dialogue Des Pommes Et Des Poissons
by Franc-Nohain (1872–1934)
Les pommes ont dit aux poissons: --Assez longtemps le langage des hommes A prétendu que vous, Poissons, pour nous les Pommes, Professiez un mépris aveugle et sans raison; On répète: s’en ficher comme Se fiche un poisson d’une pomme; Pourquoi? comment avons-nous mérité, A vos yeux, cet excès, Poissons, d’indignité?--
Les poissons gardent le silence, Comme c’est assez dans leurs habitudes; Mais le débat n’est pas de ceux que l’on élude, Et les pommes reprennent avec insistance: --Pardieu! nous connaissons votre passé hautain, Et qu’autour d’un turbot tout le Sénat latin S’assemblait, plein de déférence; Nous savons qu’un des grands ministres de la France, O soles, vous a seules laissées, A la Colbert, Dépositaires De ses goûts et de ses pensées;
Tout cela est glorieux, certes, Mais, de là, faut-il qu’on nous traite Avec ce dédain? Car, enfin, Nous aussi nous avons, Poissons, nos parchemins: Mieux que ministre franc, ou sénateur latin, Nous avons la pomme Reinette!...--
(Reinette s’écrit rainette, mais je suppose Que les Pommes, sans l’ignorer, Ont fait cet affront à Littré Pour les besoins de la cause...)
--Reinette, petite Reine: comme Wilhelmine!-- Mais, à ces mots, parmi les autres empressés, Un petit poisson s’est avancé, Devant qui tous, respectueux, s’inclinent:
--Et moi, je m’appelle la Loubine!--