French poem
Fumées
by Franc-Nohain (1872–1934)
Fumée blonde, Qui vagabondes Vers les nuages là-bas, là-bas, Ô fumée blonde, n’es-tu pas Tout ce qui reste du tabac, — Tant de tabac, tant de tabac ! — Que nos ministrables fumèrent, — Méline : limonade, orgeat, Ou bière ? — Lorsqu’ils s’ingéniaient à former un ministère…
Les hommes d’État fument des cigares énormes. Maquignonnages éhontés, Trafics, compromissions louches, Les sénateurs ont à la bouche Des cigares de députés ;
— Je recommande à votre choix Cette boîte, mon cher Bourgeois : Je fis sécher ces petits Clay Dans les greniers du quai d’Orsay. —
Trafics, compromissions louches…
Et cependant tes destinées S’agitent parmi ces fumées, Ô France, ô chère France démocratique : Ribot, Peytral, ou Cavaignac, C’est en fumant de bon tabac Qu’on fait de bonne politique
Les hommes d’État fument des cigares énormes, (Et des cigarettes, aussi.)
— Je dis, Je dis (passez-moi donc la boîte : Merci !) Qu’il faut répudier tout pacte avec la droite. — Quelle attitude auront Drumont et ses amis ? — À la combinaison je ne vois qu’un écueil, C’est l’attribution des divers portefeuilles ; Voulez-vous de papier me passer une feuille ? Je ne saurais, mon cher, fumer ces cigarettes, Vos cigarettes toutes faites… — Vous êtes Un vrai fumeur… — Et, croyez bien, Un sincère républicain ; — — Rien ne vaut notre caporal ! — — Reste à envisager la question fiscale… — Qui sait ce que sera la France de demain ? — — Voulez-vous de ces cigarettes à la main ? — Merci, je préfère un havane… — En voici des plus secs, et craquant à ravir… — — Du vizir ?… — — Il convient d’appliquer ce tarif aux douanes… —
Et voilà votre emploi, fumées Embaumées, Qu’aspirent les Trouillot, les Dujardin-Beaumetz : En fumant d’énormes cigares, Ce que tous ces gens-là supputent, et discutent, Et suivent parmi les caprices de vos volutes, Ce n’est pas un problème d’art ; Ce n’est pas une femme, ou rousse, ou brune, ou blonde Qu’enveloppent pour eux vos spirales vagabondes ; — Ou si, du moins, béats, ils ne songeaient à rien ! — Mais non, ils songent à Sarrien ;
Et leurs brevas Rêvent à Des sous-secrétariats D’État :
Pouah !
Et si vous saviez, cependant, Combien celui qui ramassera, mélancolique, — (C’est Peut-être un ancien sous-préfet ;) —
Tous vos mégots, tant de mégots, ô Politiques : Si vous saviez, — vous le savez, pourtant, — Ce qu’il se fiche, ou, plus exactement, ce qu’il se fout Que votre ministère soit homogène, Radical ou de concentration républicaine,
Ou rien du tout !…