Versos French Franc-Nohain L’Opinion Publique

French poem

L’Opinion Publique

by (1872–1934)

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J’ai pris ma tête entre mes mains, Et maintenant je me souviens; Oui, maintenant je me rappelle Tant d’anecdotes spirituelles, Les réparties toujours nouvelles, Où notre esprit jadis brillait A propos des gens mariés; Maintenant je me les rappelle, Je m’en souviens: Comme c’est malin, comme c’était fin,

Crétins!

Lorsque nous irons au café, Les gens prendront un air rusé: --Eh! bien, cette fois, ça y est, Hé! hé! Alors vous êtes marié? Hé! hé!--

Ils nous taperont dans le dos: --Parbleu! des maris, il en faut! Et comment va le conjungo? Oh! oh! Oh! ces yeux-là en disent gros! Oh! oh!--

--Mais ce n’est que le premier pas, Hein? heureux gaillard, hardi, là! Hardi! ne nous endormons pas, Ha! ha! Vous n’êtes pas encor papa? Ha! ha!--

--Aussi bien, c’est le bon parti, Croyez-moi, que vous avez pris! Ne vous l’ai-je pas cent fois dit? Hi! hi! Votre tête était d’un mari, Hi! hi!--

--Puis, quoi, vous n’êtes pas perdu: Car en somme il n’y a pas plus De raisons pour être cocu, Hu! hu! En ménage qu’avec des grues... Hu! hu!--

Et voilà, voilà la charmante perspective, Voilà les bonnes plaisanteries, les joyeux mots, Dont les délicieux échos Jusques à mon oreille arrivent, Et dont j’entends déjà les bribes: Ah! ah! hé! hé! hi! hi! ho! ho!

Chameaux!

Mais nous ferons bonne contenance, Nous sourirons d’un air jaune, mais entendu; Hé! hé! hi! hi! ho! ho! hu! hu! Le ridicule tue En France! Nous ferons bonne contenance.

Et vous, chère, faites-vous belle, Et ne craignez pas de montrer, Jamais, jamais trop à mon gré, Tout ce que vous pourrez Montrer De particulièrement sensationnel:

Car c’est là mon petit profit, Par qui se pallient Mes soucis, Qui, lorsque nous serons ensemble,-- Comme je tendrai, Guilleret, Comme je tendrai le jarret!-- Qui seul peut augmenter la beauté de ma jambe:

Il faut qu’en me voyant marcher à vos côtés, Moi, le mari, reconnaissable A ces façons de discrète fierté, Qui sont la marque véritable D’un sentiment rassis de la propriété,-- Puisse le peuple dire en son rude langage: --Cré nom d’un chien! Bon Dieu de santé! Tu parles de quelqu’un qui doit pas s’embêter!...--

Et cet ingénieux hommage A mon bonheur, à ta beauté,

Ne nous paiera-t-il pas des soucis du ménage?