Versos French Franc-Nohain Mieux Vaut Douceur

French poem

Mieux Vaut Douceur

by (1872–1934)

Listen in the reader

--Prenez, mettez, coupez, lavez, Hachez, dépouillez, enlevez...--

Brutalité de ces formules impératives! En entendant un tel langage, Comment ne perdraient point courage Les filles timides, qui arrivent, Ignorantes, de leur village?

--Plumez, flambez, videz, bridez, Otez, placez, laissez, gardez...--

Sans compter que tout cela, c’est facile à dire, Et vous vous en lavez les mains: Vous parlez, vous parlez, mais vous ne faites rien, Et, s’il fallait prêcher d’exemple, peut-être bien, Que ce serait fini de rire...

--Préparez, remuez, versez, Battez, farinez, arrosez...--

Et puis, ce n’est pas toujours drôle, Ce que vous commandez là, ni très ragoûtant, Et mériterait bien, pourtant, Le cordial réconfortant De quelques bonnes et amicales paroles...

--Enveloppez, pelez, chauffez, Grillez, tournez, dressez, servez...--

Au lieu de cela, ordres brefs, façons discourtoises, Vous bousculez, vous démoralisez ces pauvres filles: Et vous vous prétendez cuisinière bourgeoise, Véritable cuisine de la famille!... Vous la traitez bien, votre famille! Elle est jolie la bourgeoisie française, Vite oublieuse de 89 (ou quatre-vingt-treize?).

Rayez bourgeoise, rayez famille de votre titre, Vous qui faites, pour votre honte, Si bon marché du libre arbitre!...

Ça coûte donc bien cher d’être poli avec le monde?