Versos French Franc-Nohain Nocturne

French poem

Nocturne

by (1872–1934)

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La petite gare est endormie, Endormis, Les tableaux enchanteurs de Hugo d’Alesi, Et l’appareil ingénieux Qui, tout le jour, distribua Ou bien d’excellents chocolats Ou des bonbons délicieux : — En la petite gare endormie, Seulement tinte le timbre grêle, Et rappelle Que va passer l’express de minuit et demi.

Et cependant solitaire, au quai de la voie Numéro trois, L’imprévoyante grosse Madame Attend le train, sans que l’un voie Nulle angoisse troubler son âme : Pourtant, ô Madame, voyons, Où mettra-t-on, où mettra-t-on, Tous les filets, tous les cartons, Qui encombrent, Dans la nuit sombre, Qui encombrent autour de vous le macadam ?

Et vous-même, il vous faut un peu de place, dame !

Le train paraît ; vous bondissez, — Pressez ! pressez ! — Combien dures ces portières ! Les veilleuses, les yeux baissés, Sournoises, cachent leur lumière ; Enfin, voici qu’après des efforts insensés, Le compartiment s’est ouvert :

Ah ! pauvre ! C’est un rugissement de fauves ; Sur les banquettes, dans les ténèbres Où des pieds agitent leur plante, Des peaux de bêtes effrayantes Se retournent et se soulèvent, — Des peaux rayées comme des tigres ou des zèbres, — Peut-être simples couvertures, Mais, vraiment, on n’en est pas sûr !…

Et tandis que s’impatiente Le timbre grêle, La grosse dame parmi les fauves suppliante, — Telle Une dompteuse chez Bidel, — Invoque en un suprême appel, Avec ses paquets et ses caisses, La vieille, La vieille galanterie française.