French poem
La protestation des pendules
by Franc-Nohain (1872–1934)
Nous aurons une petite Villa ornée de clématites Et de glycines, — Et, tout le jour, nous entendrons, Par delà les grands massifs de rhododendrons, Où sont des boules, Nous entendrons les trains qui roulent, — Car la ligne sera voisine.
Joie d’aller voir passer les trains, — Peut-être y aura-t-il quelqu’un De connaissance ? — C’est un grand avantage, cette proximité Des gares, pour les propriétés De plaisance…
Quelle exquise distraction, Pour but de promenade avoir la station, Où l’on entretient de cordiales relations Avec les hommes d’équipe ; À leur fillette des bonbons, Un peu de tabac pour leur pipe ;
On leur donne en causant de façon familière, Quelque aperçu sur le service des chemins de fer Aux Etats-Unis : — Ah ! disent-ils, ces messieurs de Paris Sont vraiment savants et pas fiers ! —
Puis nous disposerons des sous Des gros sous sur les rails, devant que le train passe, Afin que la locomotive, sous Ses roues pesantes les écrase : (Sera-ce Pile, sera-ce face ?)
En villégiature, c’est Ainsi qu’on ne s’ennuie jamais.
Mais les Pendules, dans la villa, ont protesté Pour leurs fatigues inutiles ; Car nous avons, tout cet été, Nous avons affecté de ne plus consulter Leurs aiguilles.
— Il doit être, disions-nous près De neuf heures : voici l’express. — Quelle heure est-il ? Onze heures dix, J’entends le train de marchandises. — À table ! car, ou je m’abuse, Il est midi, c’est l’omnibus. —
Et les Pendules, abreuvées de dédains, Lasses de marquer l’heure en vain, Et les Pendules, indignées, Ont dit : — Faites donc mettre un train Sur vos cheminées !… Car cette comédie nous fatigue à la fin. Puisque de notre office il ne vous est besoin, Nous retournons à Berlin ! —