Versos French Franc-Nohain Le Petit Nid

French poem

Le Petit Nid

by (1872–1934)

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Il convient que nous dégustions Les joies de l’installation.

Nous avions dit:--Le principal N’est pas des lambris d’or, des tentures de soie: Le principal est que ce soit Un petit intérieur où l’on soit bien chez soi, --Et pas banal!

On se meuble avec rien du tout, Pourvu qu’on ait un peu de goût.

Et nous avons, dans la maison, Introduit, sans plus de façons, Un bon tapissier à façon.

En des alexandrins d’une coupe ternaire, Quelque jour, empruntant ses éclats au tonnerre, Je dirai (et ça ne sera pas ordinaire!) O tapissiers, votre âme fourbe et mercenaire; Pour le moment, j’ai mieux à faire:

Car c’est le temps où nous étions Tout entiers aux joies neuves de l’installation.

Et d’abord ce furent les papiers peints et les cretonnes Avec des fleurs et des bêtes d’apocalypse, Que festonnent Des cercles, et des triangles, et des ellipses: Il faut bien égayer les murs; Ce furent, Ce furent d’abord les papiers peints et les cretonnes...?

(--Chère, vous souvient-il de ce papier chamois, Qui fut l’objet charmant d’une courte dispute: L’espiègle insistance et l’amoureux émoi Que vous y mîtes, chère, eut tôt raison de moi, Et ce papier chamois, vous l’eûtes: Mais combien il vous dégoûtait au bout d’un mois! Et pourtant, chère, que de fois Vous m’en redemandez, de tels papiers chamois...--)

Alors que de trocs, Hélas! que de craques, De brique et de broque, Dans les bric-à-brac!

En découvris-je, alors, des armoires normandes, Armoires qui, certainement, N’avaient jamais connu le beau pays normand; Était-ce même de vraies armoires, je me le demande?

Et le vénérable antiquaire, Devant moi, amateur énigmatique et fier, Restait stupéfait de mon flair...

Hôtel des Ventes, hôtel des Ventes, Témoin jadis de mes batailles émouvantes; --On a dit trente;--Ici, trente-neuf;--Et quarante!-- --A vous, monsieur?--A moi, et je m’en vante!-- Hôtel des Ventes, Je ne saurais longer tes murs sans épouvante!

Fausse créance En des crédences, Et confiance En des faïences: Et tous ces lots De bibelots, Et tapisseries, et tableaux, Et panoplies aussi: des lances, Des épées et des javelots, Chassepots: Car, pour orner dignement nos Salles à manger, rien ne vaut Cet attirail guerrier de notre vieille France!

Et puis, grimpé sur une échelle, Le soin n’en fut laissé à nul autre que moi, J’accrochais, je clouais, parfois Me flanquant de grands coups de marteau sur les doigts: --Les beaux garçons sont maladroits!...-- Souriait-elle...

Et des oiseaux qui passaient près de la fenêtre, En confrères, donnaient leur avis: Cet avis général était que notre nid N’était, il le faut reconnaître, Pas d’un style assez uni: --Pour nous, disaient les hirondelles, De la mode, toujours, respectant la puissance, Cette année, nous bâtirons surtout dans les tourelles Henri II et les croisillons Renaissance.-- --Et nous, disaient les passereaux, Nous sommes pour l’art Renouveau!...-- (Ce qui faisait rire les hirondelles, par complaisance...)

Puis quand tout fut cloué, planté, Et décroché, et replanté, Cent fois pendu, et dépendu, Et rependu, Satisfaits de notre œuvre et jaloux qu’on l’admire,

Gaîment nous nous plaisions à dire: --Notre temps, nos efforts ne furent point perdus: Un petit nid coquet, cossu... Le shah de Perse peut venir!...--

Ce sont les mites et les huissiers qui sont venus.