French poem
Le remède inattendu
by Franc-Nohain (1872–1934)
Dans le bosquet la jeune Elvire Faisait retentir l’air de ses cris déchirants : Ah ! disait-elle, un tel martyre !… Mieux vaut mourir : Adieu ! adieu ! mes chers parents ! —
La jeune Elvire avait une rage de dents.
Souffrait-elle des conséquences d’un coup d’air ? Voulut-elle briser la coque d’un fruit vert ? Ou bien, ce sont des hypothèses, Était-ce, Était-ce une dent de sagesse ? Quoi qu’il en soit, amis lecteurs, Vous préserve le ciel de semblables douleurs Maintenant, pour en revenir À la jeune et dolente Elvire, L’infortunée, que la douleur accable, S’est jetée au pied d’un érable ; De ses doigts crispés dans la mousse Elle creuse d’affreux sillons ; Attendris et muets s’arrêtent les grillons, Aux gémissements qu’elle pousse…
Puis c’est le grand abattement Qui succède infailliblement Aux plus épouvantables crises ; Le sommeil, enfant de la fièvre, Apporte, enfin, un peu de trêve À la souffrance qui la brise.
Combien de temps dura cette lourde torpeur ? Un quart d’heure ? Une demi-heure ? ou une heure ? Comme écrit notre Molière, Le temps, amis lecteurs, ne fait rien à l’affaire ;
Enfin, Elvire se réveille : Le supplice va-t-il recommencer ? Mais non, Elle ne souffre plus, ivresse sans pareille, Elle ne souffre plus : seulement, dans l’oreille Quelque chose la chatouille. Quoi donc ?… Voyons…
Ce quelque chose est un flocon, Non pas de neige, Mais de coton. Cela tenait du sortilège ! Votre surprise, amis lecteurs, s’explique assez ; Mais j’abrège Voici ce qui s’était passé : Un oiseau, s’envolant près d’Elvire, la vit, — Qui cherchait où bâtir son nid ; Ce recoin doux, et rose, et chaud, semblait propice : D’un brin de laine recueilli Aux haies où broutent les brebis Il commença son édifice…
Vous m’arrêtez, belle incrédule : — Histoire folle !… ridicule !… — Et, du doigt, vous me menacez… Ce n’est point badinage, et m’en croyez, Madame :
La conque de l’oreille des femmes Est-elle pas un nid de baisers ?