Versos French Franc-Nohain Simple légende

French poem

Simple légende

by (1872–1934)

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J’ai rêvé d’une petite gare, dans un pays perdu, Où personne, jamais personne, ne serait descendu.

Et alors, lorsque le train passe, Le chef de gare aurait des gestes pleins de grâce, Et de bons sourires engageants ; Et tout le personnel serait casquette basse, Et saluerait même les gens Qui voyagent en troisième classe…

Mais personne pourtant, jamais, Personne ne s’arrêterait.

Et l’on verrait aussi paraître La femme du chef de gare à sa fenêtre, Blonde, au visage épanoui, Très accorte Quoique un peu forte, Entourée de quatre petits, Roses et joufflus, pour montrer comme L’air du pays Fait aux enfants un bien énorme…

Mais, malgré l’appel accueillant de son visage, Et l’opulence de son corsage, On ne s’arrêterait pas davantage.

Puis une fois, une seule fois, — Ô joie ! — Un gros monsieur aurait ouvert La portière : Ce serait une fausse joie. — Monsieur, soyez le bienvenu !… Dirait le chef de gare, étrangement ému.

Mais, en le regardant à peine. Et sans prononcer un seul mot, Le gros monsieur repartirait presque aussitôt Satisfait d’avoir satisfait à l’hygiène…

Personne plus n’est descendu, Et le chef de gare s’est pendu.