French poem
Suspensions
by Franc-Nohain (1872–1934)
Dans le soir hostile et froid lorsque nous passons, Mélancoliques, hâtant le pas vers des pensions De famille, Derrière les vitres embuées, comme elles brillent, Calmes, oscillent Et nous fascinent, Les suspensions De la famille!
Ah! la bonne vie qui est là, La table ronde, la soupe fumante; Attentive aux soins du repas, Grasse et charmante, L’épouse aimante...
Ah! belle et tranquille allégresse, --Après que, grave Et sans paresse, (Car c’est un soin qu’à nul autre il ne laisse) Y étant descendu, il revint de la cave,-- De l’époux chauve qui lit la Presse, Ah! belle et tranquille allégresse!
En pantoufles, les pieds au sec, Le cœur au chaud sous le veston de cheviotte, Avec, Si bon lui semble, une calotte Ornée d’un gland, selon le mode grec...
Vieux garçon sans foyer, jusqu’à ton dernier souffle L’ignoreras-tu donc, ce dîner en pantoufles?
Par un éclat révélateur, Suspensions, votre lueur Trouble étrangement notre cœur; Et nous nous arrêtons, indiscrets spectateurs: Félicité d’autrui, gage du vrai bonheur, Prendre un dîner réparateur Dans son cher petit intérieur, Vêtu d’un complet d’intérieur!
Et nous songeons, avec moins de colère, Aux demoiselles également célibataires, A qui, dans les bals, comme par hasard, en grand mystère, Nous présentèrent De vieilles tantes ou des notaires.
Ainsi, les lampes suspendues au milieu des salles A manger Viennent donner à nos projets Un tour nettement conjugal.
Pour cela ont-elles des chaînes, Symbole des chaînes d’hymène, Et éclairent ceux qui ont faim, Symbole des flambeaux d’hymen.