Versos French Franc-Nohain Trois Petites Chansons

French poem

Trois Petites Chansons

by (1872–1934)

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I.--LE PIQUE-ASSIETTE.

Du dîner, comme d’un tournoi, sonne la cloche; La fourchette en arrêt, les voici qui s’approchent, Les chevaliers tapeurs et vide-poches:

Pique, pique, picador! Pique, pique, pique-assiette! N’en reste-t-il mie ou miette, De ce veau que je regrette? --Mais moi, Carmen, je l’aime encor...-- Pique, pique, picador! Pique, pique, pique-assiette!

[La bouche pleine, mais les yeux avides, ils tournent autour de la table en fredonnant des rondes enfantines:]

Une poule sur un mur, Qui picote du pain dur, Pique-assiette, picota, Mange un œuf et puis s’en va...

[Mais ils ne s’en vont pas, et ils continuent à tourner, au rythme de paroles seulement plus mystérieuses:]

Ams’, stram’, gram’, Pique, pique, commedram’, Bourre, bourre, ratatam’. --(J’ai encor, je le proclame, Maigri de cinquante grammes!)-- Pique, pique, commedram’, Mis’, stram’,--dram’! Bonsoir, Monsieur et Madame!

(Les voix s’éloignent dans la nuit.)

II.--LE VOL-AU-VENT.

Marmiton, Vole, vole, vole! Prends tes jambes à ton col: Où t’envoya ton patron, Marmiton, Vole, vole donc!

Le vol-au-vent sur la tête, Vole, vole, marmiton,-- Vol-au-vent aux champignons, Aux quenelles et aux crêtes,-- On t’attend, l’âme inquiète, On t’espère à la fenêtre; Vole, et que rien ne t’arrête, Marmiton, Vole, vole donc!

Marmiton, Vole, vole, vole! Fuis la conversation Des petits trottins frivoles, Et, pas de saute-mouton Avec les méchants garçons Qui ne vont pas à l’école: --Que non!-- Que non, jeunes polissons! Que nenni, mesdemoiselles! Que non! que nenni!--(Quenelles...)-- Si le vol-au-vent, narquois, Allait s’envoler sans toi! Marmiton, Vole, vole donc!

III.--L’ANSE DU PANIER.

«Brins d’osier, brins d’osier, Courbez-vous assouplis sous les doigts du vannier!»

Pour les soldats de la France, Fantassin et cavalier, Artilleur, chasseur à pied, Sapeur-pompier, Pour les soldats de la France, Danse L’anse, Danse l’anse du panier!

«Brins d’osier, brins d’osier, Courbez-vous assouplis sous les doigts du vannier!»

Tant de danses a dansées, Que la pauvre anse est cassée, Délaissée Par toute l’armée française: --Nuit et jour, à tout venant, Je dansais, ne vous déplaise... --Vous dansiez, j’en suis fort aise, Eh! bien, chantez maintenant!--

«Brins d’osier, brins d’osier, Courbez-vous assouplis sous les doigts du vannier!»