French poem
C’était affreux
by Francis Jammes (1868–1938)
C’était affreux ce pauvre petit veau qu’on traînait tout à l’heure à l’abattoir et qui résistait,
et qui essayait de lécher la pluie sur les murs gris de la petite ville triste.
Ô mon Dieu ! Il avait l’air si doux et si bon, lui qui était l’ami des chemins en houx.
Ô mon Dieu ! Vous qui êtes si bon, dites qu’il y aura pour nous tous un pardon
— et qu’un jour, dans le Ciel en or, il n’y aura plus de jolis petits veaux qu’on tuera,
et, qu’au contraire, devenus meilleurs, sur leurs petites cornes nous mettrons des fleurs.
Ô mon Dieu ! Faites que ce petit veau ne souffre pas trop en sentant entrer le couteau…