Versos French Francis Jammes La gomme coule

French poem

La gomme coule

by (1868–1938)

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La gomme coule en larmes d’or des cerisiers. Cette journée, ô ma chérie, est tropicale : Endors-toi donc dans le parterre où la cigale Crie aigrement aux cœurs touffus des vieux rosiers.

Dans le salon où l’on causait, hier vous posiez… Mais aujourd’hui nous sommes seuls — Rose Bengale ! Endormez-vous tout doucement dans la percale De votre robe, endormez-vous sous mes baisers.

Il fait si chaud que l’on n’entend que les abeilles… Endors-toi donc, petite mouche au tendre cœur ! Cet autre bruit ?… C’est le ruisseau sous les corbeilles Des coudriers où dorment les martins-pêcheurs… Endors-toi donc… Je ne sais plus si c’est ton rire Ou l’eau qui court sur les cailloux qu’elle fait luire…

II

Ton rêve est doux — si doux qu’il fait bouger tes lèvres Tout doucement, tout doucement — comme un baiser… Dis, rêves-tu que sur un roc vont se poser Parmi des thyms chèvrefeuilles de blanches chèvres ?

Dis, rêves-tu que sur la mousse, en notes mièvres, La source pure au fond du bois vient à jaser. — Ou qu’un oiseau tout rose et bleu s’en va briser Les fils de Vierge et faire au loin s’enfuir les lièvres ?

Rêves-tu que la lune est un hortensia ?… — Ou bien encor que sur le puits l’acacia Jette des fleurs de neige d’or sentant la myrrhe ?

— Ou que ta bouche, au fond du seau, si bien se mire, Que je la prends pour une fleur qu’un coup de vent A fait tomber, du vieux rosier, dans l’eau d’argent ?