French poem
Un gentilhomme
by Francis Jammes (1868–1938)
« Le rieur alors, d’un ton sage, Dit qu’il craignait qu’un sien ami, Pour les grandes Indes parti N’eût depuis un an fait naufrage. » Jean De La Fontaine. L. viii. f. viii.
Un gentilhomme, qui fuit la Cour et ses brigues, Donne un repas dans ces beaux lieux si reculés… Un vieux jour d’après-midi vert tombe sur les Plats dont le Bois et la Mer ont été prodigues.
Maints âgés Céladons qu’a congestionnés Une Églé demi-nue et prenant son remède, Sous la perruque lourde et quelque opiat mède Des crus du Bourguignon se rougissent le nez.
Tout à coup, un rieur fait silence. Et son geste Témoigne d’un inénarrable étonnement. — Par Neptune ! fait-il… Le liquide Élément A des hôtes… La preuve en est ici… Ha ! Peste !…
Et ses doigts gras et blancs, tout alourdis d’anneaux, Portent à son ouïe empoudrée une énorme Dorade. Puis il dit : Vers l’Inde aux gens difformes, Un mien ami s’en fut, au gré des vastes eaux…
… Et ce poisson raconte à l’oreille étonnée Que ce beau chevalier, qu’aima la Véranchol, Aujourd’hui, devenu l’Empereur du Mogol, Goûte, à l’ombre, une vie aimable et fortunée.