French poem
Guiot. Echo
by François Bérenger de La Tour d'Albenas
Haste le pas meurdriere, haste le pas Pour advancer le jour de mon trespas, Et de tes pieds vien le feutre arracher, Si que je t'oye à dru galop marcher Fier' apres moy: car mourir je desire Plus que tu n'as la main prompt' à m'occire. Que tardes tu? ne me sois point rebelle, Couppe chemin, & vien quand je t'appelle: Tu vas à cil qui te fuit, et evite. Que ne viens tu à celuy qui t'invite? Rompre le fil duquel le Ciel hautain Ma vie alonge, à mon tresgrand desdaing? Fais tu la sourde? ouvre l'oreille & m'oy, Qui fors toi peut m'oster de cest esmoy? Echo. Moy, G. Ceste responce ha mon cueur resjouy, Es tu Echo qui plaindre m'as ouy? E. Ouy. G. Tu vois les maux dont ma vie est si plaine Dy moy quel fruict puis j' avoir de ma peine? E. Hayne. G. Las quel remede à ce dueil qui me mord! Qui ostera de mon cueur ce remort. E. Mort. G. Comment Echo est ce que tu l'entendz? Je la desire et icy je l'attens. E. Tens. G. Quoy? un cordeau? si tendre je le doy, Qui se pendra là ou je ramentoy. E. Toy. G. Puis que seray je icy laissant de vivre Quand aux langueurs que l'amour me delivre. E. Livre. G. Las respon moy, n'auray je quelque bien, L'esprit laissant ce monde terrien. E. Rien. G. N'auray j' au moins ce grand heur, que mon nom. Viv' apres moy par immortel renom? E. Non. G. Andrin' au moins, pour qui l'amour me poingt Me pleurera me voyant en ce poinct? E. Point. G. Point! quand verra à mon col le cordeau, Et ce corps mis apres dans le tombeau? E. Beau. G. Las comment beau le voudroit elle dire! Celle pour qui tant je pleur' et souspire. E. Pire. G. Quel advantage aura me voyant cloz Dans le tombeau rongé jusque à l'os? E. Loz G. D'estre homicide? ou à ceste cruelle, Qui pour tel faict lui donra loz et gloire. E. Elle. G. Ceux qui du faict auront esté tesmoins, Me donront ilz quelque louang' au moins? E. Moins. G. Quel me diront moy pendu par le col, Quand pour aymer de vivre ay esté soul? E. Fol. G. Ceux qui sont morts d'amour, qui tout surmonte, Quel fruit en ont receu par fin de compte. E. Honte. G. Je ne scay donq si recull' ou m'advance, Puis que si maigr' en est la recompence. E. Pance. G. Mourir m'est grief! Mais l'amour que je porte, Me fait souffrir mille morts d'une sorte. E. Sorte? G. Pour la sortir et la deschasser loing: Mais que faut il que j'aye à ce besoing? E. Soing. E. J'ay eu grand soing de l'oblier aussi, Mais tout cela encor ne m'ha suffy. E. Fy. G. Dequoy, de femme? helas, quand l'amour playde Contre raison, ou puis j' avoir remede? E. Ayde. G. Me puis j' ayder encontr' efforts si grands? Mieux me vaudroit la mort que j'entreprends. E. Prens G. Il y ha chois de laisser ou de prendre: Las! que me faut pour l'un d'eux entreprendre, E. Rendre G. Ou ha raison? l'ame en est trescontente, Mais l'amitié est tousjours resistante. E. Tente. G. Faut il rien plus pour garder que croissans Ne soyent les maux que par amour je sents? E. Sens. G. Sens & amour mesme lieu ne recoit: Car ou est l'un, l'autre ne se concoit. E. Soit? G. S'il est ainsi que recevray j' au cueur Si le bon sens sur l'amour est vainqueur? E. Heur. G. Et mes esprits estant desvelouppez Des grands travaux dont ores je me paistz? E. Paix. G. Paix est tresbonne, et la fait bon acquerre. Que reste à cil qui l'amour veut requerre? E. Guerre. G. Mais qui sent plus les efforts de sa flamme? E. L'ame. G. Que faut fuir pour conserver la fame? E. Femme. G. Mais que devient par amour l'homm' excort? E. Ord. G. Qu'est besoin estr' encontre son effort? E. Fort. G. Qui est cil dont amour le sens hebete? E. Beste G. Et dont la vie en moeurs est plus adroite. E. Droite. G. Donques Echo si on te vouloit croire, Ne faudroit point d'amour avoir memoire. E. Voire. G. Voire, mais quoy? à sa grandeur supréme Je veux porter amour plus qu'à moymesme. E. Ayme. G. Or donq je vay à Andrine à recours, D'amour luy faire autre nouveau discours. E. Cours. G. Courant y vay, encor que me trouva Bruslant, en froid espoir dont me priva. E. Va. G. Fuy fuy meurdriere, or fuy t'en hardiment, Car j'ay espoir appaiser mon tourment, Tant me confi' en sa misericorde: Par amour donq, si quelque trist' amant, Vouloit ses jours avancer promptement Qu'il mont' icy je luy quicte la corde.
Fin des Cinq premieres Eglogles, de l'Amie rustique.