Versos French Frédéric Mistral C

French poem

C

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--«Au ponton! au ponton! le Caburle à l'empire! les Condrillots! et fais tirer la maille!» au-devant d'eux vont criant les enfants qui vers le port accourent et glapissent. Les riverains enroulent leurs cordages; les charretiers ont dételé leurs bêtes; et, s'engouffrant dans le Portail de l'Oule, pour la couchée et le repas du soir, ils gagnent le logis et les étables du Mal-Uni leur hôte. La bande marinière emplit peu à peu la grande cuisine. S'étant lavé les mains au puits, à l'essuie-mains suspendu au loquet tour à tour ils se torchent; et sur les bancs, le dos au mur, ils vont s'asseoir bruyamment en rangée. Avec les bras retroussés, les servantes, qui au moindre pinçon crèvent de rire, gaillardement sur les tables charrient. Oh! Dieu de Dieu! les fricassées énormes de sang de boeuf, les platées de gras-double, les matelotes, charbonnées et grillades, et les berles farcies en omelettes, s'engloutissent aux panses spacieuses, pendant que, circulant la dame-jeanne de main en main, chacun, les coudes libres, se verse à verre plein. Pour finir, on découvre une terrinée de soupe au fromage qu'un berger, à coup sûr, en y plantant son bâton au milieu, n'aurait pu franchir.--«Nous en chantons une?» pour lors dit tout à coup le baile du halage en tapant sur l'épaule au gros Toni. Et le pilote, ayant mouché son verre et fait claquer sa gorge:--«Allons, les gosses! dit-il, et à la voix! qu'il faut de l'aide...»