French poem
Ciii
Et fais tirer la maille! Aussitôt que paraît le lustre du soleil, à la remonte s'est remis derechef en chemin le Caburle, fendant le Rhône avec sa proue taillante et remplissant de vie la vallée fluviale avec le mouvement, la poussière et le bruit de sa cavalerie. Le mistral en tempête ronfle toujours. Les arbres, qui saluent en mugissant, se courbent, se secouent à arracher leurs troncs. Le vent refrène le Rhône devenu poli comme une glace. Contre eau et contre vent, les forts quadriges, le museau incliné, cheminent vers le nord de leur pas régulier. Harmonieuse cornemuse, la bise formidable étonne et fait chauvir les oreilles des bêtes. A leurs chapeaux, à leurs bonnets de panne portant les mains et rechignant les lèvres, les charretiers impatientés profèrent contre le Maëstral un tourbillon d'insultes: --«Souffle, brigand de Chasse-mouches! Souffle, ô débraillé de Dieu, à te crever! Il n'y a donc personne, ô Mange-fange, qui viendra boucher le trou d'où tu sors? Hue, grand coquin!» Et d'un cliquetis de coups de fouet ils cinglent leurs chevaux gigantesques.