Versos French Frédéric Mistral Cix

French poem

Cix

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Ah! belle jeunesse, éternel appeau! Le vent avait cessé. Dans l'amplitude et le silence du vaste Rhône les hommes somnolant, la caravane sous le soleil d'été remontait lentement, avec, de loin en loin, quelque mouette qui voletait sur le travers du fleuve. Soudain s'élève, dans le lointain du nord, un sourd bourdonnement. A l'horizon il se perdait, puis bourdonnait encore, comme le claquet d'un moulin farouche qui serait descendu par la rivière. Puis c'était une toux absconse qui augmentait toujours, toux saccadée, comme on eût dit d'un taureau, d'un dragon suivant de l'archipel les sinuosités. Puis un ébranlement subit remua l'onde, faisant sursauter la batellerie, pendant qu'en amont un flot de fumée obscurcissait le ciel: et derrière les arbres apparut tout d'un coup, fendant le Rhône, un long bateau à feu. Tout l'équipage redressa les bras, à l'aspect du monstre. En poupe, Maître Apian, devenu pâle, regardait muet la barque magique, la barque dont les roues battaient comme des griffes, et qui soulevait des vagues énormes et formidablement fondait sur lui.