French poem
Lvii
Les arcades du Pont Saint-Esprit, prodigieuses, leur passent en triomphe sur la tête. Les bateliers, baissant le front, saluent saint Nicolas dans sa chapelle antique, démolie aujourd'hui, mais qui sauvegardait aux temps anciens «l'arcade marinière», dont l'ouverture était si dangereuse qu'on n'y compte plus les bateaux perdus. La Provence apparaît, car son entrée, c'est le Pont Saint-Esprit avec ses piles et ses vingt arcs superbes qui se courbent en guise de couronne sur le Rhône. C'est là la porte sainte, la porte triomphale de la terre d'amour. L'arbre d'olives, le grenadier, fier de sa floraison, et les millets aux grandes chevelures ornent déjà les côtes et les alluvions. La plaine s'élargit, les orées verdoient, dans la clarté le ciel s'emparadise, on aperçoit les Ubacs du Ventour: le princillon d'Orange et la petite glaneuse d'or croient pénétrer d'emblée dans la bénédiction. Lui se délecte (ah! la boisson délicieuse et fraîche!) à boire dans cette jeunesse la vie à sa source toute bouillonnante et l'émerveillement de l'âme neuve qui sourit à tous les mirages et se livre toute à son illusion.