Versos French Frédéric Mistral Lxxxiv

French poem

Lxxxiv

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Bonheur de la jeunesse! A qui mieux mieux rivalisant de joie et de liesse, ils se faisaient entre eux plaisir rien qu'à se voir. Et tout le jour ensemble, dans la foule de vingt nations diverses et inconnues, Guilhem et l'Anglore, au bras l'un de l'autre, s'en allaient perdus. La tourbe humaine, comme une houle folle, à tout hasard les emportait heureux. Elle, ébahie de tout ce que ses yeux voyaient: des avaleurs d'étoupes, des charlatans juchés sur leurs carrosses et qui dans le bastringue vendaient des vermifuges; et de ces bateleurs qui vous aveuglent avec leurs tours de mains et passe-passe; et de ces baladines couvertes d'oripeaux qui dansaient aux flambeaux, légères, sur la corde; ou du Polichinelle avec Rosette: «Rosette!»--«Que veux-tu?»--«Le petit pleure!» Ha! il fallait prendre garde aux filous... Dès qu'il y avait groupe autour des comédies, ils vidaient à quelqu'un, presque à tout coup, les poches. Pour tirer finement l'or des ceintures, il en venait de Paris et de Londres! Mais du plaisir qu'avait l'enfant naïve, Guilhem, prenant sa part, bayait comme elle; et comme dans le clair d'une fontaine pure, aux chaleurs d'été, il fait bon descendre, pour tempérer sa fièvre et sa langueur, il descendait, lui, dans cette âme neuve. Et il y avait tant à voir, dans cette foire! les endroits où étaient les marchands de gimblettes enlacées par un fil et qui viennent d'Albi; les Turcs en turban, qui vendaient des pipes; les larges braies, les Grecs coiffés de rouge, qui tiennent les tapis brodés de Smyrne, et le gingembre, et l'essence de rose bien cachetée dans les fioles de verre, dont une seule goutte parfume une maison! Puis le corail, les fils de perles fines; puis les jouets, les tambours de Beaucaire dont nous avons crevé si beau nombre, étant jeunes! et les éventails ornés de paillettes, et les poupées, vêtues ou toutes nues.