Versos French Frédéric Mistral Xcix

French poem

Xcix

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Guilhem d'Orange lors étendit le bras sur le travers de l'eau mouvementée et dit:--«Aie confiance en moi, Anglore! Parce que librement je t'ai élue, m'apportant ta foi, ta profonde foi au merveilleux superbe de la fable, parce que tu es celle qui, insoucieuse, se fond dans son amour comme la cire à la lumière, parce que tu vis en dehors de nos liens et de nos fards, parce que dans ton sang et ton sein pur gît la rénovation des vieilles sèves, moi, sur ma foi de prince, je te jure que nul autre que moi, ô fleur de Rhône, n'aura l'heur, le bonheur de te cueillir et comme fleur d'amour et comme épouse!» --«Mais quand? bientôt?» demanda-t-elle. Guilhem répondit:--«Ma belle petite, je te dirai cela ces jours-ci... Entends-tu souffler le mistral? C'est la musique majestueuse qui annonce nos noces! C'est l'air du Rhône, le ciel, les frondaisons qui de concert nous chantent le prélude!» Le vent, de plus en plus, le vent de ses rafales s'aheurtait en effet contre la flotte; et la montée, de plus en plus pénible, faisait tirer les chevaux. Leurs crinières, ébouriffées en furieuses touffes, s'échevelaient comme de grands panaches. Et le soleil, se retirant dans l'embrasure de ses rayons mourants, à l'horizon disparaissait déjà, quand le Caburle avec toutes ses barques et tout son monde en rive d'Avignon jeta l'amarre.