French poem
Xxviii
Guilhem, n'y tenant plus, dit à Jean Roche: --«Alors, écoute un peu, qu'est-ce qu'on m'apprend? que l'Anglore est jolie et qu'elle te plaît?» --«Seigneur, répond Jean Roche, elle est si avenante que les patrons, tous, lorsqu'ils la rencontrent, ont peur que d'un regard elle ne brouille magiquement leurs équipages... On dit qu'elle a mauvais oeil, quelquefois!» --«Et tu es de ceux-là que la Sirène tient enchantés dans ses lacs?» dit le prince. --«Moi, à vous parler franc, de faire couple avec cette fauvette d'oseraie, peut-être bien ne dirais-je pas non; mais dans la tête, pas possible autrement, elle doit avoir un grain! Car il peut en venir, vous savez? des galants à son entour chanter goguettes... Elle ne les écoute pas plus que s'ils sifflaient. Elle n'a qu'un amour: rôder le long des mouilles pour s'y mirer toute seulette ou y cueillir parfois la «fleur de Rhône»; et elle n'a qu'une oeuvre, la devineriez-vous? cribler les sables de l'Ardèche pour orpailler (industrie de fourmi) les bluettes d'or qu'il peut y avoir.» --«Très bien! cria le damoiseau allègre. Sommes-nous pas les Argonautes du Caburle? Nous conquerrons, puisqu'on est en campagne, la Toison d'Or et Médée... En avant!»