Versos French Frédéric Monneron L’Alouette

French poem

L’Alouette

by (1813–1837)

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« J’ai dépassé le peuplier Que la brise humide et plaintive Incline, argente et fait plier Sur les eaux calmes de la rive.

» J’ai surmonté le vert coteau, La source et les moelleux ombrages Dont la tourelle du château Voile ses antiques vitrages.

» J’ai dépassé ce roc plus fier, Où la cascade qui se dore, De son nuage blanchit l’air, Autour du gouffre obscur encore.

» Salut ! beau ciel ! libre, perlé ! Ciel nuancé d’or et d’opale ! De là-haut le lac est voilé ! Les blés sont gris, le monde est pâle !

» Mon léger vol toujours poursuit La lueur tendre et matinale, Les dernières ondes du bruit, La rêveuse étoile qui luit La nuit.

» Ma voix limpide et pure Coule des sons d’amour, Même avant la nature Je vole vers le jour. Mon aile qui scintille Fend l’air ! Je frétille Et grésille Dans l’éther !

» Mais soudain j’ai vu le zéphyre, Fatigué de suivre mon vol, S’asseoir au ciel et me sourire Et dire : « Petit oiseau, n’es-tu pas fol, » Oh ! bien fol de risquer ton aile » Si loin dans la voûte éternelle, » Trop haut, » Trop tôt ?

» Par delà le ciel qui s’azure » La nuit s’ouvre, je te l’assure, » Mugissante, insondable, obscure. » Petit oiseau, descends, descends, » Pendant qu’il en est encor temps ! » Mais l’alouette et la jeune ame Ont trop d’amour et trop de flamme Pour demeurer en bas, Hélas !

Oh ! n’embrassons pas tant d’espace, Jeunes esprits, joyeux oiseaux, Car les cieux même ont des tombeaux Pour qui nourrit trop son audace !