French poem
Robert le Mineur
by Frédéric Monneron (1813–1837)
Creusez, jeune ouvrier… Dans la nuit souterraine Le vent du ciel apporte un parfum de printemps. L’air est bleu, l’air est frais, remontez vers la plaine ; Là, peut-être l’amour vous pleure dès longtemps.
« Bientôt je reverrai la blonde Éléonore, » Se disait le pâle Robert ; Et dans ce vague espoir, il creuse, il creuse encore ; La roche éclate sous son fer. Dans ce vivant cercueil son œil noir étincelle, Comme s’il devinait les cieux ; Puis, s’essuyant le front, il dit : « Elle est trop belle ; » Et des pleurs voilent ses grands yeux.
Pleurez, jeune ouvrier. Dans la nuit souterraine Le vent du ciel apporte un parfum de printemps ; L’air est bleu, l’air est frais ; mais, hélas ! dans la plaine Les premières amours ne durent pas longtemps !
Pour un nouvel hymen, l’airain dans la chapelle Chante son hymne aérien : La blonde Éléonore aurait été fidèle ; Mais un comte a reçu sa main. La foule qui s’empresse à l’église s’étonne De voir pâlir un front si beau Sous les fleurs de l’hymen, comme si la couronne Eût mieux fleuri dans le tombeau.
Creusez, jeune ouvrier. Dans la nuit souterraine Le vent du ciel apporte un parfum de printemps ; L’air est bleu, l’air est frais ; mais oubliez la plaine : Les premières amours n’y durent pas longtemps.
Un soir, rêveuse et pâle, Éléonore assise Berçait le fruit de son amour. Et le comte lui dit : « Permettez que je lise » La seule aventure du jour : » Dans la mine prochaine, aujourd’hui l’on publie » Qu’un roc a croulé par malheur. » Mais l’on m’a rassuré. Nul n’a perdu la vie, » Excepté Robert le Mineur. »
Dors bien, jeune ouvrier… Dans la nuit souterraine L’avenir te prépare un éternel printemps. Adieu, l’air est encor frais et bleu dans la plaine ; Mais les anges du ciel t’aimeront plus longtemps.