French poem
L’Érinnys d’une mère
by Frédéric Plessis (1851–1942)
« Tu veux partir, ma fille ? et suivre malgré moi Cet Étranger rusé, sans pudeur et sans foi ? Pars, fille impie ; et vous, ô terribles Déesses, Nocturnes, aux cheveux de serpents, vengeresses ! Suivez-la sur la nef de l’Époux triomphant, Furieuses et plus rapides que le vent ! »
O cité de Kadmos ! Thébè, chère patrie ! Je ne repose pas sous une herbe fleurie Dans l’urne où sont les os consumés des Aïeux. Malheureuse ! je vins mourir en d’autres lieux. Au bord Ausonien, près de la mer salée, Un tertre aride pèse à ma cendre exilée. L’Érinnys d’une mère a causé ce malheur. Mon front se couronnait de marjolaine en fleur ; Aux bruits harmonieux du sistre et du crotale S’avançaient les flambeaux de Hèrè conjugale ; Et le brodequin jaune enfermait mon pied blanc, Une ceinture d’or pressait mon jeune flanc ; L’Époux impatient, que la flûte convie, Méditait dans son cœur Kypris, source de vie… Mais, oh ! cessez vos chants : quels sont ces cris affreux ? Les convives muets se regardent entre eux ;
Je pâlis, je frissonne… il faut bien que je meure ! Car autour de la blanche et joyeuse demeure La sanglante Érinnys avait crié trois fois. Érinnys d’une mère ! inexorables lois ! Je meurs… vers le bûcher, vierge encore, entraînée… Le voilà prêt, plus tôt que le lit d’hyménée ! Érinnys d’une mère ! inévitables maux ! Que la terre Barbare est pesante à mes os !
Hélas ! très-misérable ! en partant j’osai croire Qu’Aidès serait clément, du fond de la nuit noire, Lui qui des prés en fleurs sur l’orageuse mer Ravit Perséphonè si loin de Dèmètèr !