French poem
Le Coffret
by Frédéric Plessis (1851–1942)
Un coffret de cuir fauve à l’écusson d’or plat Contient les deux flacons de cristal vert & rouge ; Dans le fond, par moments, un liquide qui bouge Sous l’étui de velours amortit son éclat.
Ouvrez l’un d’eux. La plus limpide des essences Y nage, & fait monter subtilement dans l’air, Comme une apothéose, un tableau vague & cher Des soirs, des souvenirs embaumés, des absences.
Est-ce l’ambre, le bois de santal, le benjoin Qui nous figure ainsi la pâle bien-aimée ? On ne sait : mais son blanc visage de camée Revit, de notre amour impassible témoin.
Prenez l’autre flacon. Une odeur en émane Nauséabonde, & fait rêver d’un bouge affreux Où sorcière & démons se querellent entre eux, Aspirant la fadeur épaisse de la manne.
A l’œil inattentif, le coffret refermé Ne révélera rien de son double mystère, Et dans l’ombre vivra le poison délétère A côté de ce doux liquide parfumé.