French poem
À un poète
by Gabriel Monavon (1820–1906)
Lorsqu’on m’offre un vieux vin, noble sang de la vigne, Quel que soit le calice où coule la liqueur, — Grès ou cristal, — je bois ce bon vin, toujours digne De mon gosier de franc buveur.
Mais lorsque m’est offert le nectar de l’Idée, Je ne le puis goûter qu’en un vase charmant : Buveur ivre du beau, je veux le diamant Pour qu’au gré de ma soif la coupe soit vidée.
Aussi lorsque ta main, poète ! m’a versé, Dans la coupe du rhythme, un flot de poésie, J’ai vu briller dans l’or cette liqueur choisie Et je l’ai savourée en buveur empressé.