Versos French Gabriel Monavon Chant de Cymodocée

French poem

Chant de Cymodocée

by (1820–1906)

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Légers vaisseaux de l’Ausonie Glissez sur le cristal des mers ; Doux zéphyrs, vers la Messénie, Guidez ma voile dans les airs… Près d’un époux et près d’un père, Objets de vœux longtemps déçus, Ramenez la fille d’Homère Aux bords heureux du Pamisus !…

Blancs oiseaux dont le cou flexible Se courbe en gracieux contours, Qui fendez d’une aile paisible L’azur rayonnant des beaux jours, Volez au sommet de l’Ithome Et dites à ses verts lauriers Qu’un Dieu me ramène de Rome Sous leurs dômes hospitaliers !

Quand retrouverai-je la couche Où se berçait mon pur sommeil Et ces gazons en fleurs que touche Du printemps le sceptre vermeil ! Lieux charmants que de son haleine Embellit l’aimable pudeur, Retraite adorée encor pleine De souvenirs de mon bonheur !…

Telle qu’au sein de la prairie Bondit gaîment près des bergers La tendre génisse nourrie Aux sons des chalumeaux légers, Ainsi j’étais heureuse et fière ; Aujourd’hui parmi les regrets Je languis triste et prisonnière Sur le lit glacé de Cérès !…

Mais, hélas ! d’où vient que ma lyre Rend de si douloureux accords ?… Je veux chanter… Ma voix soupire, Pareille à la flûte des morts… Pourtant une aube fortunée Doit se lever sur mon destin Et de la robe d’hyménée Les chastes plis couvrent mon sein…

De la tendresse maternelle, Mon cœur sentira les élans ; Bientôt je verrai, sous mon aile, Mon fils former ses pas tremblants. Frêle oiseau ! Que jamais sa vie Ne connaisse l’exil cruel, Comme moi, colombe ravie Aux douceurs du nid paternel !…

Que ne puis-je suivre les traces De mon père et de mon époux !… Ah ! si j’implorais à genoux Le chœur des Muses et des Grâces… Mais non, j’outragerais les droits D’un Dieu que je connais à peine : Adorons sa loi souveraine, Et reposons-nous sur la croix !